Charte européenne des Abbayes et Sites cisterciens

Neuf siècles d’histoire - un patrimoine considérable

Des pierres levées aux quatre coins du continent. Des pierres levées par la volonté des cisterciens lors d’une grande parenthèse paisible de deux siècles et demi, située entre la très longue période agitée post-romaine et l’apparition de la peste noire. Une Histoire qui, somme toute, est tout sauf linéaire.

Les débuts ne furent pas simples. À la charnière des XIe et XIIe siècles, nul ne peut prédire que ces moines bénédictins dissidents réussiront leur envolée autonome. Revenir à la lettre de la règle édictée par Benoît de Nursie n’a rien d’évident ; autant dire que cette mise sur orbite est tangente. 

Pourtant, à partir de sa quinzième année, le déploiement du “Nouveau monastère” sera fulgurant et radical. 

Un long moment au cours duquel la majorité des fondations cisterciennes s’installera au creux des fonds de vallées isolés. Des décennies très favorables. Les cisterciens tissent avec méthode une toile au maillage très serré aux quatre coins du continent européen. Ils deviennent incontournables tant au plan religieux, diplomatique, que politique ou économique.

Et nous sommes face à ce paradoxe entre un nouvel ordre monastique semblant se tourner vers le passé, mais dont l’empreinte profonde sur la société médiévale est faite de modernité et de progrès dans une multitude de domaines. On doit ainsi aux premières générations de cisterciens des bâtis marquant encore nos villages et nos 

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territoires de leur présence sobre et harmonieuse.  

Cette trajectoire dorée s’achèvera

brutalement au mitan du XIVe siècle. L’expansion sera brisée par la conjonction de la peste noire, d’un Petit Âge glaciaire et d’une ruineuse guerre de Cent Ans. 

Des périodes très marquées

À l’issue de ces bouleversements cataclysmiques, ce n’est pas une décimation des populations, mais une hécatombe : les morts se comptent par millions, des populations divisées par deux. Évidemment, les communautés cisterciennes souffrent de ces temps chaotiques. La rupture est brutale. Nombre d’abbayes sont abandonnées provisoirement et beaucoup trop le seront définitivement.

Puis, le calme revient et la vie renaît lentement. Pour l’ordre cistercien, les fondations reprennent, mais jamais au rythme effréné connu auparavant. 

Mais déjà, un siècle et demi après l’extinction de l’épidémie germe une  nouvelle période de troubles. Entre partisans de la “Réforme” ou du statuquo, les esprits s’agitent. Le ton monte, et bientôt l’odeur des bûchers   

envahit les places publiques.

Une période d’intolérance domine et contrecarre l’esprit de la Renaissance; esprit qui imprimait des changements profonds dans la société post-médiévale en gestation. Au sortir de ce nouveau tunnel tumultueux, l’ordre cistercien n’est plus que l’ombre de lui-même. Les fondations seront dorénavant rares et souvent lointaines. 

Les esprits finissent par se calmer et une tentative de renouveau aura lieu. Ici ou là, on rebâtit sur les ruines, on rase même parfois de magnifiques édifices dont l’architecture médiévale est qualifiée de “barbare”. Et si ce mouvement de renouveau s’essouffle au cours du dix-huitième siècle, le monde change, les esprits évoluent, alors que les institutions affaiblies par l’immobilisme imaginent qu’elles sont là pour l’éternité. Pour les cisterciens, l’instabilité s’installe pour des décennies. 

Il en résulte que le patrimoine monumental cistercien se dégrade : mal entretenu, trop de bâtiments ou d’édifices sont à l’abandon. Mais au cours du XIXe siècle, l’esprit romantique aidant, les regards se tourneront à nouveau vers ce patrimoine. Et jusqu’à nos jours, les restaurations et aménagements se poursuivent. De nouveaux usages des bâtiments sauvent nombre d’abbayes de la ruine.

Si les communautés cisterciennes sont aujourd’hui réduites, le legs pour nos sociétés n’en est pas moins tout à fait considérable.

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Une histoire qui se précise

L’engouement pour l’histoire cistercienne ne se dément pas depuis 1998, où l’on a fêté le 900e anniversaire de la fondation de Cîteaux. Si l’on passe en revue les écrits académiques publiés depuis les années 1980 jusqu’à nos jours, on sera frappé par l’évolution de l’approche historique du «monde cistercien». 

En grossissant le trait, l’imaginaire cistercien de ces neuf siècles évolue d’une vision lissée, voire réductrice, vers une expression plus fine et plus éclairée, à la lumière d’une réalité jugée plus complexe.

Cette évolution résulte de recherches historiographiques et archéologiques enrichissant année après année le corpus d’études. Tant et si bien que l’acuité de la vue d’ensemble et la reconstitution de la dynamique historique produisent un portrait beaucoup plus mouvant, contrasté et moins naïf ou

apologique. Et si le point de vue historique ne peut pas ne pas être influencé par nos sociétés, nous devons prendre en considération qu’au cours de ce dernier demi-siècle, deux générations sont passées.

Bien évidemment, ce constat positif ne signifie en rien que cette Histoire est définitivement écrite. 

Au contraire, chaque recherche récente nous démontre que plus on a la possibilité d’augmenter la focale, plus de nouvelles questions émergent. Et ces questionnements encouragent en retour la recherche.

Les membres de la Charte contribuent à ce mouvement positif pour la connaissance cistercienne ; ils sont en général très demandeurs. Tout en étant acteurs, ils mobilisent des ressources locales ou dans un périmètre plus large. Avec ses moyens la Charte contribue à la diffusion de ces travaux. 

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