Droits d'auteurs et crédits photographiques : La substance du texte apparaissant en noir revient à Terryl N. Kinder, L'Europe cistercienne, traduit de l'anglais par Divina Cabo, Zodiaque 1998 mais le choix des extraits à Thomas Falmagne, docteur en histoire médiévale. Cet ouvrage forme la structure de la partie "Découvrir".
Ont été insérés en couleur bleue, des passages extraits de La vie cistercienne hier et aujourd'hui, éd. Philippe Baud, Anthony Guinvarc'h, Marie-Elisabeth Henneau, Terryl N. Kinder, Cerf-Zodiaque, 1998.
Les parties ou extraits en couleur brune ont été écrites par Thomas Falmagne, parfois à l'aide d'autres ouvrages signalés en note.
La substance, et souvent même la rédaction du sous-module intitulé « enluminure » doivent beaucoup aux différents travaux de Yolanta Zaluska. La couleur verte a été utilisée pour ce sous-module. Du reste, on renvoie la personne intéressée au CD-Rom « Le trésor des humbles » pour un exposé plus synthétique. Le texte de la première partie du site "Découvrir" (au contraire de la seconde, intitulée « Visiter ») a été approuvé par les membres du comité scientifique (liste en note). Les reproductions de cette première partie sont issues de l'ouvrage de Terryl N. Kinder, avec l'accord de l'éditeur Zodiaque.
III. Vivre dans une vallée de larmes
S'installer
Apprivoiser l'eau
Construire
Gérer et exploiter le domaine
S'installer
Les cisterciens ont souvent implanté leurs monastères dans des vallées. Pour transformer les vallées en ces terres fertiles et prospères qui firent leur renom, les cisterciens ont dû les drainer, et les amender, construire des digues, creuser des canaux, déplacer le lit des rivières, dévier les crues, et inventer des stratagèmes de toutes sortes afin de rendre le site habitable.
A l'instar des fleuves qui séparent les pays, les rivières qui coulent près des plus anciennes abbayes constituaient souvent des frontières politiques ou ecclésiastiques. La plupart de ces terres improductives étaient transformées en un établissement fertile et prospère qui devenait en outre (au moins au début) une zone tampon permettant d'éviter d'éventuels conflits.
L'Exordium Cistercii, un des documents les plus anciens de l'Ordre, a peut-être contribué à alimenter le mythe que les moines cisterciens avaient recherché délibérément des emplacements malsains pour fonder leurs abbayes. Il y est dit que lorsque Robert et ses vingt-et-un compagnons quittèrent Molesme et arrivèrent à leur nouvelle maison, Cîteaux leur apparut comme « un lieu d'horreur et une vaste solitude » et qu'ils entreprirent de « transformer la solitude qu'ils avaient trouvée en une abbaye ». En réalité, « l'horrible et vaste solitude » fait référence au cantique de Moïse dans le Deutéronome (32, 10) et ne saurait être prise au pied de la lettre.
Apprivoiser l'eau
L'apprivoisement de l'eau est une des principales préoccupations des habitants de la vallée, car c'est la topographie des lieux qui préside aux décisions architecturales. Les besoins en eau étaient essentiellement de trois types : domestique, liturgique et industriel.
L'eau à usage domestique servait à cuisiner, à nettoyer, à diluer l'encre, ainsi qu'à des besoins hygiéniques comme la toilette, la lessive, le rasage, la tonsure, les latrines et le soin des malades à l'infirmerie.
Dans la liturgie, on l'utilisait pour les ablutions, l'eau bénite et le lavement des pieds. Pour tous ces usages, l'eau était fournie par le lavabo du cloître.
Les applications industrielles concernaient principalement les moulins et les forges, dont le mécanisme était actionné par l'eau d'un bief ou directement par la rivière. En agriculture, base de l'économie de la plupart des établissements cisterciens, l'eau était également omniprésente (irrigation, drainage, abreuvement des bêtes). Enfin la pisciculture, qui représentait une part non négligeable des activités de l'abbaye, fournissait une des bases de l'alimentation monastique et certaines abbayes construisaient de vastes systèmes de viviers pour répondre à ces besoins.
Les monastères cisterciens disposaient de deux systèmes de distribution d'eau.
Le "système externe" [22] utilisait directement l'eau de la rivière la plus proche. Lorsque l'eau ne pouvait être amenée à l'abbaye, c'était l'abbaye qui allait à l'eau. L'exemple de Sénanque [23] montre que, s'il était préférable d'orienter le plan de l'église pour satisfaire aux exigences liturgiques et symboliques, lorsque le site ne pouvait être aménagé de façon traditionnelle, l'orientation était modifiée afin d'adapter le plan aux conditions topographiques. En fin de compte, c'était le pragmatisme qui l'emportait.
Le « système interne » alimentait l'abbaye en eau pure. L'eau en provenance d'une source située plus haut, arrivait sous pression en passant par un système de conduites relativement élaboré. Le point de résurgence à l'intérieur de l'abbaye était la fontaine du cloître, mais de nombreuses installations hydrauliques étaient parfois nécessaires [24].
Construire
Comment les cisterciens construisaient-ils leur abbaye et sur quel plan ? Comme le prouve la fréquence des déplacements de la plupart des abbayes cisterciennes, le premier site, qu'il fut choisi ou offert, remplissait rarement les conditions requises. La communauté se déplaçait alors de quelques centaines de mètres ou allait s'installer beaucoup plus loin à la recherche d'un cadre de vie plus propice.
Le noyau de la fondation n'était pas constitué par les bâtiments mais par la communauté, qui devait prendre le temps de se stabiliser, de s'établir et de créer une économie viable. Les structures primitives, à savoir l'oratoire, le réfectoire, le dortoir, l'hôtellerie et la porterie, ne correspondent absolument pas aux abbayes en pierre qui nous sont parvenues. Les premiers bâtiments n'étaient pas plus élaborés que des cabanes d'ermites. Les structures temporaires, devaient souvent être utilisées plus longtemps que prévu, mais il est impossible de déterminer cette durée, variable en fonction des conditions locales.
Si aucun plan précis n'était imposé pour les premières constructions, les nouveaux bâtiments, exigés par la croissance rapide d'un grand nombre de communautés, devaient obéir à certaines directives. Les cisterciens, dont le texte fondateur est la Règle de saint Benoît (réinterprétée), se sont tout naturellement inspirés du plan bénédictin, en l'adaptant à leurs exigences, pour construire leurs abbayes. Le plus ancien plan modèle de monastère bénédictin est celui de Saint-Gall. Les lieux destinés aux différents membres de la communauté sont regroupés : le noviciat pour les novices, l'infirmerie pour les vieillards et les malades, l'hôtellerie pour les visiteurs et enfin les enclos, les étables et les écuries pour les animaux. Toutes les activités nécessaires à la vie commune –repas, réunions, repos, lecture, etc.- se déroulent dans les galeries du cloître ou dans les salles qui l'entourent.
L'architecture cistercienne ne marque pas une rupture avec le passé mais une continuité, tout comme le mode de vie adopté par l'Ordre. On a cru pendant longtemps que le plan d'une abbaye cistercienne pouvait être facilement reconstitué à partir des vestiges d'un ou de deux murs. En fait des fouilles sérieuses ont révélé une grande diversité dans les dispositions et la construction sur les différents sites et on n'a jamais trouvé deux abbayes strictement identiques. Les modifications apportées par les cisterciens au plan bénédictin –tracé du chevet des églises, réfectoire perpendiculaire plutôt que parallèle au cloître et développement des bâtiments des convers- sont apparemment des solutions empiriques.
Les différentes parties d'un plan cistercien correspondent aux différents types d'activité. Chaque bâtiment, ou chaque ensemble de salles, devait fournir le lieu le plus propice possible à l'exercice de telle ou telle fonction : liturgique, contemplative, domestique, intellectuelle ou économique. On peut considérer que trois des côtés du cloître correspondent à