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<h1>Villers</h1>
 
Coordonnées
 
Villers
Adresse Rue de l'Abbaye, 55
Ville Villers-la-Ville
Région Brabant wallon
Pays / Région Belgique
 
Téléphone +32 (0)71 880 980
Télécopieur +32 (0)71 87 65 02
 
 
E-mail info@villers.be
Site Internet www.villers.be
 
Description
 
 
Les origines
 
En 1146, sous l’impulsion de saint Bernard et à l’invitation de Judith de Marbais, 12 moines, un abbé et cinq frères convers sont envoyés de Clairvaux à Villers pour y fonder une nouvelle abbaye. Les premières possessions territoriales du monastère, dont la plus grande partie est offerte par les seigneurs de Marbais, sont confirmées dès 1147 par le Pape Eugène III. Le lieu répond aux exigences de la règle de saint Benoît. Situé au fond d’une vallée, il est isolé de la société et pourvu des ressources naturelles nécessaires pour y vivre en complète autarcie.
 
Nous ne connaissons pas les premières constructions du 12e siècle car l’abbaye est entièrement reconstruite tout au long du 13e siècle, époque d’apogée spirituelle et temporelle.
 
L’apogée de l’Abbaye (1190 – 1250)
 
Entre 1190 et 1250, de nombreuses sources attestent que les moines se garantissent la protection des Ducs de Brabant. Durant cette période considérée comme la plus brillante de l’histoire de l’Abbaye, celle-ci compte parmi ses frères plusieurs nobles, tels que Gobert d’Aspremont, qui, de retour de croisade, prennent l’habit cistercien. Ils apportent à la communauté, outre leur ferveur religieuse, leurs possessions et leurs terres et contribuent ainsi à l’accroissement considérable du patrimoine foncier de l’Abbaye. Une grande part des bâtiments est construite durant cette période exceptionnelle.
 
Charles de Seyn, 8e abbé de l’Abbaye, de 1197 à 1209, fait construire les bâtiments des moines et des convers, en style roman, et semble être à l’origine de la construction de l’église. Il profite aussi de son ascendant sur les ducs de Brabant pour obtenir une seconde confirmation générale des biens du monastère. Son successeur, Conrad d’Urach (1209-1214), bien qu’il quitte Villers pour devenir abbé de Clairvaux, puis de Cîteaux, ne néglige pas les intérêts de son abbaye de profession et, en 1225, enjoint le duc de Brabant Henri 1er de défendre ses droits contre les prétentions d’un seigneur local. Gauthier d’Utrecht, abbé de 1214 à 1221, accroît le domaine par des achats ou des donations et fait fonder 8 abbayes de moniales. Abbé de 1221 à 1237, Guillaume de Bruxelles confirme le domaine dans son extension maximale. Sous son abbatiat, les donations affluent ; la configuration géographique du domaine est fixée. On lui doit aussi la fondation des seules abbayes-filles de Villers : Grandpré en 1231 et Saint-Bernard-sur-Escaut en 1233.
 
En 1238, Guillaume est élu abbé de Clairvaux. Afin de mettre l’Abbaye à l’abri des exactions commises par les avoués ou les héritiers de ses anciens donateurs, qui revendiquent le droit de jouir de leurs biens fonciers, Arnoul de Louvain (1240-1248) s’assure la protection du Duc Henri II de Brabant. En reconnaissance de celle-ci, l’église accueille la sépulture du duc. La présence de celle-ci justifierait la substitution d’un avant-corps, incongru en milieu cistercien, au narthex traditionnel.
 
Un déclin persistant
 
De 1250 à 1270, cinq abbés se succèdent à la tête de la communauté dont la gestion financière semble catastrophique. Seul Arnulphe de Gistelles (1270 à 1276) parvient à redresser les finances du monastère et peut alors achever l’église et entreprendre de nouvelles constructions.
 
À cette époque, l’Abbaye compte plus de 100 moines et 300 convers. À partir de 1273, la politique des Ducs de Brabant n’est plus aussi favorable à l’Abbaye. Ils limitent les possessions des moines dans les villes sises sur leurs terres et empêchent l’extension du domaine. En outre, ils prélèvent une part importante des revenus de l’Abbaye en reconnaissance des services d’avouerie qu’ils lui rendent et vont même jusqu’à puiser dans sa trésorerie pour financer leurs expéditions militaires.
 
On doit à Jacques de Plancenoit (1310-1315) la transformation de la porterie et la création d’un atelier de tissage et de deux scriptoria qui témoignent de la vitalité intellectuelle de l’Abbaye. Cependant, en 1314, l’abbaye étant incapable de payer la taille exigée par le duché, la communauté doit quitter Villers pour se réfugier à Cambron, Aulne, Saint-Bernard-sur-Escaut et Namur. L’année suivante, les moines sont une nouvelle fois contraints de quitter l’Abbaye, mais en raison d’une épidémie de peste. Sous Martin de Huy, abbé de 1370 à 1382, des troubles graves éclatent dans l’Abbaye et nécessitent l’intervention de l’Évêque de Liège. On ignore s’ils sont dus à la discipline excessive imposée par l’abbé ou, au contraire, à son habitude de dilapider les biens de l’Abbaye pour son profit personnel.
 
Son successeur, Jean de Holer (1382-1393) dissipe la fortune du monastère et est destitué. Les 40 années des abbatiats d’Otton de Dormael (1393-1424) et de Gilles de Louvain (1424-1433) sont alors nécessaires pour sauver l’Abbaye de la ruine, rétablir l’ordre et la paix, éponger les dettes et agrandir le domaine. Villers connaît alors, avec la prospérité matérielle, une ère de tranquillité et de ferveur jusqu’à l’abbatiat du dépensier et fastueux Gérard de Louvain (1433-1446). Celui-ci fait notamment réaliser de nombreux retables, dépenses qui occasionnent de nouvelles dettes.
 
À partir de Francon de Calaber (1459 à 1487), la nomination des abbés commence à davantage dépendre de la politique des ducs de Bourgogne que du choix des moines de l’Abbaye. Ainsi, Francon est nommé grâce à l’appui de Philippe de Bourgogne. Mais l’époque est difficile pour les institutions religieuses des Pays-Bas qui souffrent de l’instabilité politique de la région. L’abandon des fermes de l’abbaye date de cette période.
 
L’abbé suivant, Jean Campernoels (1487-1502), est destitué par l’abbé de Cîteaux. Il avait notamment autorisé les moines à vivre de leurs biens propres et fermé les yeux sur les dérogations à la règle dans le domaine moral. Jean Regnault (1503-1524) tente de restituer l’observance de la règle mais, accusé de spoliation de biens appartenant à l’Abbaye, il est forcé à prendre une retraite anticipée. La fin de sa prélature signe le début du régime de la commende.
 
Les guerres de religion et la commende
 
Le premier abbé commendataire, Philippe Naturelle, restaure en partie la prospérité de l’Abbaye, mais c’est essentiellement à son profit personnel. Dès 1524, il décide de remettre la direction de l’Abbaye à Denis Van Zeverdonck (1445-1524), s’étant, au préalable assuré une très confortable pension. Prônant la réforme au point de vue disciplinaire, Denis Van Zeverdonck attire à l’Abbaye des religieux de valeur qui l’aident à rétablir la stricte observance de la règle, surtout le vœu de pauvreté. Mais il y a certaines résistances ; la paix et la discipline sont difficiles à conserver. En dépit de ces difficultés, l’abbé fait exécuter d’importants travaux dont l’embellissement de l’église et du palais abbatial. Il fait également tracer un parc autour du palais et restaurer l’enceinte du monastère.
 
En 1544, la communauté doit fuir quelques temps devant les troupes espagnoles. Ensuite, en 1559, elle est amenée à ne plus dépendre de l’évêché de Liège mais de celui d’Anvers, nouvellement créé. Cette modification du paysage ecclésiastique des Pays-Bas implique la paiement d’une taxe fort élevée. Face à la réticence des abbés, Philippe II renonce à la création du nouvel évêché en 1564 mais impose à l’Abbaye d’hypothéquer une rente annuelle sur son domaine. En contrepartie, le Roi autorise les religieux à choisir eux-mêmes, mais avec le concours de trois commissaires du gouvernement, leur abbé. Cette disposition n’est cependant pas confirmée par le Pape qui confie au duc d’Albe le soin d’assurer la création des nouveaux évêchés.
 
En 1577, l’abbé de Villers est contraint de suivre les États Généraux à Anvers, accompagné de ses moines. À peine installé, il doit fuir la ville devant les calvinistes et trouve refuge à Liège puis à Namur en attendant que la situation politique se stabilise. Les moines de Villers réintègrent finalement l’Abbaye en 1584-1585. Leur long exil a, cependant, eu des conséquences désastreuses sur leur domaine.
 
Vers une nouvelle prospérité
 
Robert Henrion (1587 à 1620) fait face, dès le début de son abbatiat, à de grandes difficultés. Il doit notamment, pour faire libérer des moines détenus par les Gueux, vendre une partie des biens fonciers de l’Abbaye. La communauté connaît ensuite un nouvel exil dont les dates sont incertaines. Cependant, l’arrivée des archiducs Albert et Isabelle inaugure une nouvelle période de paix qui permet à l’abbé de rétablir la splendeur ancienne de l’Abbaye. Il commence par restaurer le service divin : décoration de la chapelle Saint-Bernard dans l’église, élévation solennelle des dix corps saints et obtention d’indulgences pour leurs visiteurs, construction d’une chapelle dédiée au culte de Notre-Dame de Montaigu. Amoureux des lettres, il fait aussi construire une somptueuse bibliothèque dont la collection est enrichie par son successeur Henri Van Der Heyden (1621-1647). À partir de 1641, ce dernier fait aussi construire le collège de Villers à Louvain en restaurant l’ancien refuge de l’Abbaye. Mais la splendeur religieuse et culturelle de l’Abbaye retrouvée n’implique pas nécessairement la richesse temporelle. L’abbaye n’est, en outre, pas épargnée par les guerres de Louis XIV, désastreuses pour les institutions religieuses des Pays-Bas espagnols.
 
En 1651, plusieurs fermes sont incendiées et pillées. La foule fait d’importants dégâts aux bâtiments, en particulier le moulin. Pendant plus d’un an, les armées du général Lamboy et du duc de Lorraine vivent aux dépens de la communauté. Leur séjour prolongé entraîne la ruine partielle du cloître, reconstruit sous Bernard Van Der Hecken (1653-1666). En 1695, tous les biens mobiliers de l’Abbaye conservés dans son refuge de Bruxelles sont détruits dans le bombardement de la ville par le Maréchal de Villeroy.

Le traité d’Utrecht, signé en 1713, met fin à la guerre de succession d’Espagne. Les Pays-Bas espagnols passent alors sous le contrôle des Habsbourg d’Autriche. Ce changement institutionnel stabilise la situation politique et permet à l’Abbaye de se ""reconstruire"". Le 18e siècle constitue, en effet, la seconde époque d’apogée de l’Abbaye. Les bâtiments médiévaux, fortement endommagés, sont réaménagés dans le goût classique. Jacques Hache, élu abbé en 1717, entreprend de grands travaux au sud-est du site : un nouveau palais avec une hôtellerie est construit ; l’ancienne infirmerie devient le noviciat et est surmontée d’un étage abritant une vaste bibliothèque. L’aménagement de jardins en terrasses et d’une vaste cour d’entrée le long d’un nouvel axe de perspective donne, en outre, à l’ensemble plus de régularité et de prestige. La gravure de Berterham (1726) permet de se faire une idée de l’ampleur des transformations envisagées par Jacques Hache. Les travaux prévus dans la partie ouest de l’enceinte ne sont, par contre, réalisés que plus d’un demi siècle plus tard par les abbés Daniel Daix (1759-1764) et Robert de Bavay (1764-1782). Le nouveau frontispice de l’église est construit en 1764 sous la direction de l’architecte Laurent-Benoît Dewez. La pharmacie est millésimée de 1784, dernière année de l’abbatiat de Léonard Pirmez (1783-1784).
 
La fin de l’Abbaye
 
Bruno Cloquette, le dernier abbé de Villers (de 1784 à 1796), doit s’exiler à cinq reprises en raison de son opposition au régime autrichien et aux réformes des ordres religieux imposées par Joseph II. En 1789, l’armée impériale, en déroute devant les troupes de la révolution brabançonne, saccage l’Abbaye. Elle est, à nouveau, pillée en 1792 et en 1794 par les révolutionnaires français auxquels se joint la population. Pendant les troubles, Dom Chentinne, proviseur de l’Abbaye, est arrêté par les troupes françaises et pendu à Bruxelles le 25 février 1796 parce qu’il avait soutenu les tentatives de rébellion d’un groupe de contre-révolutionnaires basé à Loupoigne. La même année, le Directoire ordonne la suppression des ordres religieux. Les 59 moines de Villers refusent les ""bons de pension"" qui leur sont destinés ; la communauté est dispersée et des scellés apposés sur l’église, la bibliothèque et les lieux réguliers. L’Abbaye est finalement vendue aux enchères comme ""bien national"" le 25 juillet 1797. La majeure partie des biens est acquise par H.-A. Pinchaux qui la cède à un entrepreneur nommé La Terrade. Celui-ci vend tout ce qu’il peut arracher des bâtiments. Il est chassé de Villers par les habitants à la fin du régime français (1814). Ceux-ci continuent, néanmoins, à piller l'Abbaye. Réfugié en France, La Terrade vend, en 1820, le domaine à un maître de carrière qui poursuit l’exploitation des ressources de l’Abbaye, transforme le moulin en hôtel-restaurant et autorise la construction du chemin de fer.
 
La renaissance de l’Abbaye
 
Entre 1844 et 1850, plusieurs parties de l’église s’écroulent entraînant la chute des murs gouttereaux et des collatéraux de l’église, en 1876. Tout au long du 19e siècle, les ruines de Villers attirent des artistes romantiques - dont Victor Hugo qui, en 1862, y compose plusieurs poèmes – puis des archéologues et des historiens qui en font les premières études.
 
Charles Licot
 
Les bâtiments continent cependant à s’écrouler jusqu’à ce qu’en 1893, l’État belge exproprie le site pour en faire un domaine national. Cette opération permet le début d’importants travaux de restauration et de consolidation entrepris sous la direction de l’architecte-archéologue Charles Licot. Celui-ci s’emploie à restituer aux bâtiments leur état du 13e siècle, au détriment des apports ultérieurs à cette période qu’il considère comme la plus glorieuse de l’Abbaye.
 
Charles Licot, d’une part, veut conserver le caractère "pittoresque" du site en privilégiant son aspect de champ de ruines. D’autre part, en tant qu’adepte de Viollet-Le-Duc, il "reconstitue" certaines parties disparues (les voûtes du choeur et la croisée du transept) pour retrouver une unité et un effet esthétique original. Pendant la première guerre mondiale, l’archéologue allemand Willy Zschaler réalise la première étude réellement scientifique des ruines de Villers et synthétise toutes les informations recueillies par Charles Licot. Durant l’entre-deux-guerres, quelques modestes restaurations sont encore effectuées. Elles concernent principalement la brasserie et l’enfeu du chevalier Gobert d’Aspremont dans le cloître.
 
En 1946, la communauté cistercienne de Val-Dieu propose de rendre Villers à la vie monastique. L’idée est rejetée par l’État qui prolonge jusqu’en 1982 le bail du Touring Club, pour l’exploitation touristique du site. À cette date, la gestion du site est reprise conjointement par la Province de Brabant et par l'administration communale de Villers-la-Ville. En 1992, elle échoit finalement à l’Association pour la Promotion Touristique et Culturelle de Villers (l’APTCV), qui en a encore la charge aujourd’hui.
 
 
 
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