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"La Grande Période 1114 - Fondation de l’abbaye par Hugues de Mâcon, compagnon de saint Bernard, et, selon la tradition, onze autres moines, dans la vallée du Serein. Sur cette rivière, le pont (auquel le lieu doit probablement son nom) se trouve presque à la jonction des trois évêchés de Langres, de Sens et d'Auxerre. 1137 - Hugues devient évêque d’Auxerre ; de nombreux abbés ou moines de Pontigny deviendront évêques, assurant ainsi au loin le rayonnement de l’abbaye. L’un deux, saint Guillaume, mort archevêque de Bourges en 1209, sera canonisé (fête le 10 janvier). 1140 - Les premières constructions, très modestes, deviennent insuffisantes. On commence vers cette époque le monastère actuel : notre nef et notre transept datent de cette période. L’église est conçue pour plusieurs centaines de moines, qui ne tarderont pas à la remplir effectivement. Ce sera la plus grande des églises cisterciennes actuellement conservées en France (119 m de long). 1164 - Pontigny devient, suivant le mot d’un auteur du Moyen Age, "" l’asile de tous les prélats anglais exilés pour la justice "". Successivement Pontigny va recevoir trois archevêques de Cantorbéry impliqués dans les conflits difficiles qui opposent alors en Angleterre la royauté, qui veut affirmer son autorité, et l’Eglise, qui défend son indépendance. Le premier d’entre eux est saint Thomas Becket qui séjourne à l’abbaye de 1164 à 1166. Chancelier du royaume, et ami intime du roi Henri II ;Thomas Becket devint archevêque en 1161. Il prend si bien sa charge à coeur qu'il se sent forcé de résister à son souverain et, finalement, de s’exiler. Avec sa suite, il s’installe à Pontigny à la fin de 1164. En 1166, le roi menace de représailles les cisterciens anglais si Becket reste dans un monastère de leur ordre. L’archevêque passe donc à Sens les quatre années suivantes. Il regagne l’Angleterre au début de décembre 1170, sachant ce qui l’attend ; le 29 du même mois, des émissaires du roi l’assassinent dans sa cathédrale. 1185 - 1206 - Seconde tranche des travaux de construction (sanctuaire actuel). 1206 - On enterre à Pontigny Alix de Champagne, reine de France, épouse de Louis VII et mère de Philippe Auguste, celle-là même que l’abbé de Pontigny, enfreignant la Règle qui interdisait formellement l’entrée d’une femme à l’intérieur d’un monastère cistercien, avait autrefois admise pour deux jours dans la clôture ! Il avait dû faire pénitence pour cette faute. Le tombeau n’en demeure pas moins dans le sanctuaire de l’église. 1208 à 1213 - Deuxième séjour d’un évêque anglais : Etienne Langton Etienne est un intellectuel, exégète célèbre, théologien, prédicateur prestigieux et même poète liturgique. Né vers 1150, professeur à Paris en 1180, il est cardinal en 1206 ; la même année, étant à Rome, il est nommé archevêque de Cantorbéry. Le roi Jean sans Terre lui refuse l’accès du pays et déclare ses partisans ennemis publics. C’est alors qu’il arrive à Pontigny, où il passe la plus grande partie de ses six ans d’exil. Ses quinze années en Angleterre jusqu’à sa mort (1228) seront difficiles mais fécondes. En particulier, il contribuera à la réconciliation de la royauté anglaise avec la papauté et à l’élaboration de la "" Grande Charte ""(1215) qui marquera toute l’évolution de la vie politique anglaise et qui figure parmi les précurseurs de nos déclaration des droits de l’homme. 1240 - Troisième évêque anglais : saint Edme Né vers 1170, Edmond d'Abingdon devint professeur de théologie à Oxford, trésorier de la cathédrale de Salisbury en 1222, puis en 1234, archevêque de Cantorbéry. Il semble avoir été un spirituel (célèbre en particulier par son écrit le Miroir de l’Eglise) plutôt qu’un homme de gouvernement. Après avoir travaillé à la paix intérieure du pays, se trouvant en conflit avec les moines du chapitre de sa cathédrale, à l’automne 1240, il passe la Manche, non pour s'exiler comme ses prédécesseurs, mais pour consulter le Saint-Siège. Pontigny lui offre une halte. Il y tombe malade, décide de prendre le chemin du retour, et meurt en route à Soisy, près de Provins, le 16 novembre. Son corps est inhumé à Pontigny où de nombreux miracles lui furent attribués. Canonisé dès 1246, saint Edme devint à la fois un des patrons vénérés de l’Angleterre et le protecteur sans cesse imploré de toute la région de Pontigny. Le 9 juin 1247, saint Louis assistait aux fêtes solennelles qui ouvrirent la série des pèlerinages de saint Edme ; ils se sont poursuivis au long des siècles, aux deux dates traditionnelles du 16 novembre et du lundi de Pentecôte. Les derniers siècles de l'abbaye Tandis que surgissent de nouveaux ordres adaptés aux besoins de nouvelles époques, les abbayes cisterciennes perdent de leur ardeur et de leur austérité primitives. Moins nombreux, possesseurs de vastes domaines qu’ils ont défrichés ou dont on leur a fait cadeau, les moines deviennent riches. 1543 - 1588 - L’abbaye est aux mains ""d’abbés commendataires "" (Jean du Bellay, Hippolyte d’Este), grands seigneurs lointains qui laissent péricliter la vie monastique. 1568 - Guerres de religion dans la région d’Auxerre. L’abbaye de Pontigny est saccagée. Les tombeaux sont profanés ; seul le corps de saint Edme a été mis en lieu sûr par les moines. XVIIe siècle. - Les abbés (de nouveau choisis parmi les moines) restaurent l’abbaye, mais suivant le goût du jour, bien différent du style cistercien primitif. Les travaux se poursuivent en diverses tranches, de 1645 environ à la veille de la Révolution. 1789 - La Révolution détruit le palais abbatial, somptueux et récemment rebâti. L’église, elle, est respectée à cause du culte très populaire de saint Edme. Les moines sont dispersés; des bâtiments monastiques du XIIe siècle laissés à l’abandon, la plupart tombent en ruine et servent de carrière pour les constructions du village. Pontigny aux XIXe et XXe siècles L’église est devenue paroissiale depuis le concordat de 1801. Elle est donc le lieu de prière des chrétiens de Pontigny et de bien d’autres croyants qui les rejoignent en diverses occasions, en particulier pendant l’été. Parmi les curés de Pontigny, mentionnons l’abbé Tauleigne (curé de 1906 à 1926) Une plaque sur le mur de son presbytère, à l’entrée de l’allée de l’église, rappelle qu’il fut un précurseur en divers domaines de recherche scientifique, spécialement la radiologie et la photographie. On peut mentionner des restaurations diverses au cours du XIXe siècle. C’est de cette époque, en particulier que datent les autels en pierre des chapelles rayonnantes dont plusieurs représentent, par leurs sculptures, une grande finesse de travail sinon une très grande valeur artistique. Il faut signaler surtout la remise en état intégrale entreprise par les beaux arts, à la suite d’une explosion d’octobre 1943 qui avait provoqué de nombreux dégâts de détail dans l’église. Quant aux BATIMENTS MONASTIQUES qui restent debout, ils voient se succéder une série d’efforts spirituels qui méritent l’attention. On peut distinguer cinq périodes : Ire PERIODE : 1842 - 1903. LES PERES DE SAINT-EDME. L’abbé Jean-Baptiste Muard rassemble à Pontigny un groupe de Prêtres Auxiliaires du clergé diocésain. En 1849, l’oeuvre deviendra une congrégation religieuse qui, plus tard, se consacrera à l’enseignement : LES PERES DE SAINT-EDME. Né à Vireaux (Yonne) le 15 avril 1809, Jean-Baptiste Muard cherchera toute sa vie ""de nouveaux moyens"" pour gagner les âmes à Dieu. Jeune prêtre, le désir de partir pour les missions lointaines le hante, mais il est maintenu en France et nommé curé de Saint Martin d’Avallon. Le succès de son ministère ne fait qu’aviver son désir d’aller au-devant des masses déchristianisées qui ne viennent pas à l’église. Pour donner des missions dans le diocèse, il crée les Prêtres Auxiliaires installés à Pontigny en 1842. L’oeuvre lancée, l’abbé Muard souhaite désormais mener avec quelques compagnons une vie de prière et de pénitence dans le lieu le plus retiré du monde, et n’en sortir que pour annoncer un nouvel avènement du Seigneur, à la façon de Jean-Baptiste. Ayant choisi la Règle de saint Benoît, après un noviciat chez les trappistes d’Aiguebelle, il fonde, en 1850, dans une solitude du Morvan, à 30 km au sud d’Avallon, le monastère de la Pierre-qui-Vire, où il meurt le 19 juin 1854, âgé de quarante-cinq ans, victime de ses pénitences et de son dévouement aux âmes. La Pierre-qui-Vire compte aujourd’hui de nombreux moines et plusieurs fondations dans le tiers-monde. IIe PERIODE : 1905 - 1940. LES DECADES DE PONTIGNY. Après l’expulsion des religieux à la suite de la loi de 1901, les bâtiments sont rachetés par un universitaire, Paul Desjardins (1859 -1940), qui en fera un centre culturel et intellectuel de grande envergure. Professeur aux Ecoles Normales de Saint-Cloud et de Sèvres, hors de toute confession (mais il dira : "" Nous ne sommes pas athées ""), Paul Desjardins fonde en 1892 l’Union pour l’action morale, puis l’Union pour la vérité (1905) dont le but est de "" maintenir... par la discipline du jugement et des moeurs, la perpétuelle liberté d’esprit qu’exige la recherche de la vérité et la lutte pour le droit "". Des "" entretiens "" s’organisent à Paris en hiver, et l’été à Pontigny sous forme de sessions de dix jours (les décades de Pontigny). Autour d’un noyau - dont les principaux membres sont A. Gide, C. du Bos, A. Malraux, R. Martin du Gard, F. Mauriac, A. Maurois, P. Valéry - Paul Desjardins invite successivement des hommes très divers, originaires de tous pays, qui discutent autour de lui de toutes sortes de sujets philosophiques, littéraires ou sociaux. Il meurt en mars 1940, lourdement frappé par une guerre où il voyait l’échec de son idéal européen. Son oeuvre a été reprise par sa fille et sa petite-fille à Royaumont, puis à Cerisy-la-Salle (Manche) où ont lieu aujourd’hui encore d’importantes rencontres. IIIe PERIODE : 1947 - 1954. ST. EDMUND'S COLLEGE. Après la mort de Paul Desjardins, les Pères de Saint-Edme, qui ont essaimé surtout aux Etats-Unis, rachètent l'abbaye et y créent un collège secondaire franco-américain, qui pendant sept ans regroupera une centaine d'élèves. IVe PERIODE : 1954 - 1967. LA MISSION DE FRANCE. Le 15 août 1954, le pape Pie XII établissait à Pontigny le siège de la Mission de France, dont le séminaire allait occuper pendant treize ans les bâtiments de l'abbaye. En 1941 - 1942, les évêques français, constatant le manque de prêtres et la perte de la foi dans de nombreuses régions, créent à Lisieux le séminaire de la Mission de France, où des jeunes gens se prépareront spécialement pour l'apostolat des zones urbaines et rurales les plus déchristianisées. L'un des carrefours du renouveau qui marquera l'Eglise de France après la dernière guerre, très en liaison avec le mouvement des prêtres ouvriers, le séminaire s'établit à Limoges (1952) puis à Pontigny en 1954, de même que les responsables du groupe d'environ 300 prêtres en activité qui constituait la Mission de France. Pontigny est alors le centre d'un effort de renouveau et de recherches en vue d'ouvrir au catholicisme le chemin des milieux et des régions les plus déshérités, mais aussi de ceux où s'élabore un monde moderne auquel l'Eglise veut également annoncer l'Evangile. En 1967, la direction de la Mission et sa maison de formation, furent transférées dans le Val-de-Marne. Pourtant Pontigny reste une ""Prélature territoriale"", sorte de petit diocèse indépendant relevant de l'évêque de la Mission de France et non de l'archevêque de Sens et Auxerre, et la Mission de France y poursuit depuis 1982 diverses activités, en particulier pour les jeunes. Ve PERIODE : ""L'ADAPT"". Depuis 1968, les bâtiments de l'abbaye sont occupés par un centre de rééducation professionnelle appartenant à la Ligue pour l'adaptation du diminué physique au travail (L'ADAPT). L'association L'ADAPT, fondée en 1928 par Suzanne Fouché, a pour mission la réinsertion sociale et professionnelle des personnes handicapées physiques. Le centre de rééducation professionnelle de Pontigny assure des formations qualifiantes , des actions d’orientation et de remise à niveau pour 120 stagiaires. En fin de compte, la vocation de Pontigny n'est-elle pas de servir l'homme et de l'aider à être lui-même: moines ou missionnaires, intellectuels de haut rang ou formateurs, ses hôtes successifs n'ont-ils pas en fin de compte toujours visé ce but?" |