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Adresse |
Abbaye de Lanvaux Bieuzy-Lanvaux par Pluvigner 56330 Morbihan |
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"L’abbaye de Lanvaux est située dans la plaine du Loch en lisière de la forêt de Lanvaux. Elle se trouve au fond d’une vallée comme la plupart de ses congénères bretonnes, mais nulle voie importante ne passe à proximité immédiate. La modestie de son fondateur explique en partie le nombre restreint de ses moines et l’exiguïté relative de son temporel. Fondation En 1138, Alain, baron de Lanvaux, fonde l’abbaye du même nom. Mentionné par les seules archives du monastère, aucun de ses ancêtres ne nous est connu. La baronnie est peut-être issue d’un démembrement du comté de Vannes et étend sa juridiction sur la majeure partie de Pluvigner, sur Grand-Champ et plusieurs communes avoisinantes. Les biens de la seigneurie sont confisqués au XIIIe siècle. L'origine de la confiscation ne semble pas être, comme on l'a prétendu, la rébellion d’Olivier de Lanvaux en 1238 ou 1248 contre le duc Jean I. Il s’agirait plutôt de dettes non remboursées contractées par le successeur d’Olivier, Alain II. Le duc saisit les terres en 1272 et en vend une partie au vicomte de Rohan. Les moines, venus de l’abbaye de Bégard (Côtes d’Armor), ont à leur tête un certain Ruaud (Ruandus ou Rotaldus) premier abbé du monastère et futur évêque de Vannes. Ruaud est qualifié de bienheureux sans qu’il fasse l’objet d’un culte officiel dans le diocèse. On sait qu’à sa mort, en 1177, les moines se disputèrent sa dépouille avec les chanoines du chapitre cathédral et qu’ils eurent gain de cause. Selon les annales de l’Ordre, L’abbaye est « fille de Bégard ». Si l’on se fie à un acte du chapitre général, l’abbaye passe, dès 1225, sous l’autorité de Langonnet . Au XVe siècle, l’abbé de Langonnet est qualifié à plusieurs reprises de « père immédiat ». La proximité a t-elle été la raison de ce changement? Quoiqu’il en soit, au XVIe siècle, le rôle de la filiation s’estompe au profit d’un contrôle dans le cadre de la province ecclésiastique ou du duché. Vie de la communauté Le nombre de religieux n’a sans doute jamais été considérable. En 1470 on dénombre 9 moines. Ce chiffre va décliner encore : l’abbaye compte une moyenne de 6 moines aux XVIe et XVIIe siècles et à peine plus de 5 au XVIIIe siècle. La vie monastique n’est guère propice aux évènements exceptionnels. Travail, lecture, prières rythment les heures de matines à complies. Mais se glissent parfois quelques fausses notes. Tel abbé subit les remontrances du chapitre général pour avoir introduit des femmes dans le monastère (1225); tel autre refuse de se démettre (1439-1445). Aucune chronique ne manque d’évoquer Charles de Blois passant sa veillée d’arme à Lanvaux avant la bataille d’Auray (1364), ou le miracle qui touche le neveu de l’abbé Yves du Marchais en 1452. Lorsque celui-ci se rompt le cou en tombant d’un arbre, il est sauvé par l’intervention de saint Vincent Ferrier. Du moins cela est-il consigné dans le procès de canonisation parmi 27 autres miracles à mettre à l’actif du saint. A la fin du XVIe siècle, le monastère traverse une grave crise. De 1572 à 1592, un abbé commendataire avide, Nicolas Brissot,sieur de Soudeval, aliène un certain nombre de tenues et confie à ses agents le soin de piller l'abbaye. Son successeur, Louis le Clère, patronné par le duc de Mercoeur en conflit avec Henri IV, achève de ruiner le couvent. Jean Auffray, abbé commendataire de 1614 à 1633 récupère une partie des titres dispersés. En 1661, la Stricte observance , une réforme qui revient sur certains adoucissements à la règle, est intoduite avec difficulté à Lanvaux. il faut en venir aux mains pour déloger les moines récalcitrants barricadés dans l’abbaye. La régularité estrestaurée et l'état du temporel rétabli pour plus d'un siècle. Globalement,le système de la commende, instauré à Lanvaux en 1528, a pesé sur les derniers siècles de vie du monastère. Les abbés, désignés par le roi, ne séjournent que très peu à Lanvaux. Ils se font pourtant bâtir, en 1703, un logis à proximité et prélèvent 1/3 des revenus. Cela grèvera lourdement l’équilibre de comptes déjà compromis par la faible assise foncière. Patrimoine de l’abbaye En l’absence d’acte de fondation, il est difficile de connaître l’importance initiale du temporel. La communauté reçoit probablement, outre l’emplacement du monastère et son pourpris, une portion de forêt appelée « Le bois des moines » et une partie de la lande sur les hauteurs où elle fait paître ses animaux. Elle jouit aussi du droit de prélever le bois nécessaire à son chauffage et aux réparations des bâtiments dans la forêt dépendant des seigneurs de Lanvaux. Selon André Dufief, les Cisterciens bretons pratiquent exclusivement le faire valoir direct jusqu’à la fin du XIIe siècle. Cette pratique est conforme à la Règle et oblige les moines à vivre uniquement de leur travail. A Lanvaux, l’existence de convers est attestée par le toponyme « les Granges » ou les « Les Vieilles granges ». Au XIIIe siècle, les Cisterciens acceptent de plus en plus de donations. Lanvaux, n’échappe pas à ce mouvement. La générosité des seigneurs de Rochefort (1240), de Kaër (1271), de Malestroit (1292) du duc de Bretagne (1434), côtoie dans les actes conservés, celle d’écuyers ou de chevaliers plus modestes . L’abbaye reçoit des bien-fonds et des rentes. Elle acquiert des dîmes diverses, notamment celle de Naizin qui constituera une source non négligeable de revenus. Elle hérite aussi d’un fief centré sur le bourg de Pluvigner, distant de 7 kilomètres. L’abbaye y jouit des droits de four et de moulin ainsi que des droits de justice. Les religieux en tirent des rentes féodales qui, faute de réévaluations suffisantes, deviendront plus tard dérisoires. Sans doute dès le 13e siècle, bien que la pratique ne soit attestée que plus tardivement, le couvent confie l'exploitation de ses terres à des colons. Il adopte le régime du domaine congéable. Sous ce régime, l’abbaye conserve la propriété du fonds, lève une rente et exige des corvées, les édifices appartiennent au domanier qui peut les aliéner. Ce système est adapté à la mise en valeur des terres pauvres ou abandonnées. Volontairement ou non, les moines n’exigeront jamais de fortes rentes de leurs tenanciers. Au XVe siècle, les biens de l’abbaye sont répartis dans plus de 16 paroisses, mais l’essentiel se concentre en Grand-Champ, Pluvigner, Plumergat et Plumelin. J. Gallet, auteur d’une étude sur la seigneurie bretonne au XVe siècle, évalue la superficie de l’ensemble des possessions entre 500 et 600 hectares. A titre de comparaison, le domaine de l’abbaye cistercienne de Prières voisine compte 1500 hectares à la même époque Le nombre d’échanges de terres aux XV e et XVI e siècles indique une nette volonté de concentrer les possessions autour du monastère. A la Révolution, les biens de l’abbaye sont regroupés dans 6 paroisses . Au XVIIe et XVIII e siècles, le temps des donations est révolu. L’abbaye doit défendre devant la justice ses droits féodaux contre les prétentions de la famille de Robien. Celle-ci se dit héritière des barons de Lanvaux. Le litige persiste jusqu’à la Révolution. L’enclos de l’abbaye est vendu, en 1791, à un négociant de Lorient. Une verrerie, puis des forges, s’installent à proximité achevant de ruiner les bâtiments. De 1938 à 1968, c’est le tour d’une exploitation industrielle de poulets. Aujourd'hui, c'est un gîte rural. Des bâtiments eux-mêmes il reste peu de choses à l’exception du logis des abbés commendataires. Le mur du chevet de l’église du XV e siècle est en cours de consolidation. De la nef et du transept reconstruits à la fin du XVII e, on distingue encore le dessin. Les traces des bâtiments conventuels, rebâtis pour tout ou partie au XVIIIe siècle, sont encore plus indigentes. Les piliers de l’entrée, le four à pain et une maisonnette abritant l’ancienne procure et les jardins figurent parmi les témoins discrets d’une présence de plus de six siècles." |