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<h1>Aulps </h1>
 
Coordonnées
 
Aulps
Adresse Domaine de Découverte de la Vallée d'Aulps
F-74430 Saint-Jean-d'Aulps
Ville Saint-Jean-d'Aulps
Région Rhône-Alpes
Pays / Région France
 
Téléphone 04 50 04 52 63
Télécopieur 04 50 38 40 36
 
Contact Arnaud Delerce
 
Site Internet www.valleedaulps.com
 
Description
 
 

 
Le Domaine de Découverte de la Vallée d’Aulps aujourd’hui

Grâce à la Communauté de Communes de la Vallée d’Aulps, propriétaire du domaine d’Aulps, la ferme monastique entièrement restaurée accueille depuis juillet 2007 un centre d’interprétation consacré à la vie quotidienne des moines au moyen-âge. Le Domaine de Découverte de la Vallée d’Aulps est situé dans le village de Saint-Jean-d’Aulps, au cœur du Haut-Chablais ( 65 kilomètres de Genève, 25 de Thonon-les-Bains, 7 de Morzine) et occupe le site de l’ancienne abbaye d’Aulps.

Sur 650 m2 d’exposition, la vie quotidienne des moines, leurs fonctions au sein de l’abbaye, les rapports entre l’abbaye d’Aulps et la Savoie, l’histoire surprenante de sa destruction et les secrets des plantes médicinales sont expliqués aux visiteurs de manière simple et ludique.

De nombreuses activités sont proposées : visites guidées, expositions temporaires, ateliers pédagogiques, causeries scientifiques, jeux de rôle…


Conditions d'accès :
- Du 10 décembre au 30 septembre et vacances de Toussaint : de 10 h à 12 h et de 14h à 18h. Fermeture le mardi.

- En été (20 juin au 10 septembre) : de 10h à 18h30 tous les jours. Tous les jours. 

- Fermetures exceptionnelles 25/12 ; 01/01 ; 01/05.


Historique

Le Moyen-âge 1094-1468

Guidé par son désir de réforme du monachisme bénédictin traditionnel, Robert fonde l’abbaye de Molesme à la fin de l’année 1075. Ses moines acceptent pourtant des biens temporels ou la présence régulière de seigneurs en ses murs et très vite, le monastère n’offre plus les conditions requises par certains pour satisfaire leur quête d’idéal. Guy et Guérin de Mousson sont de ceux-ci. Ces dissidents sont persuadés qu’il faut trouver de nouvelles méthodes pour vivre le plus conformément possible aux attentes de Dieu. Probablement avec l’accord sinon les encouragements de Robert, ils quittent Molesme vers 1094 pour s’établir dans une vallée du diocèse de Genève.

Avec l’autorisation de l’évêque de Genève, Guy de Faucigny (1083-1119), ces moines fondent une celle* dépendante de Molesme sur les terres de Gillion de Rovorée et de Girard d’Allinges. Ces deux seigneurs sont des familiers du comte de Maurienne Humbert II (1080-1103) également liés à la famille de Faucigny. Leur démarche planifiée s'inspire d'une conception de la vie monastique teintée d’érémitisme et de cénobitisme où le travail manuel tient une place essentielle. Bernard de Clairvaux, dans ses lettres à l’abbé Guérin, évoque pourtant une singulière adaptation de la Règle de saint Benoît. Les moines vivent par trois ou quatre dans des cabanes disséminées dans la montagne.  

Le style de vie monastique singulier des moines d’Aulps attire de nombreuses vocations. L'abbaye, probablement très peuplée dans les premières années du XIIe siècle, fonde d'autres monastères. Un nombre trop réduit de documents ne permet pas d’affirmer sans réserve la maternité d’Aulps sur Hautecombe, Bonmont ou Saint-Sulpice. Le cas de l’abbaye de Balerne est moins sujet à discussion. Il reste qu’Aulps exerce un ascendant et une influence considérable sur tous les monastères environnants issus de Molesme.

Guy puis Guérin, les deux premiers abbés, jugent cependant cette montée en puissance incompatible avec les liens étroits les unissant toujours à Molesme censée nommer les abbés d'Aulps. Pour s'émanciper de cette tutelle, ils sollicitent deux bulles pontificales. La première est concédée le 2 mars 1102 par Pascal II. Elle accorde aux moines le droit d’élire leurs abbés, une certaine forme d’exemption diocésaine et confirme les acquis temporels. La deuxième bulle est octroyée par Calixte II le 28 avril 1119. Le pontife garantit le droit d’élection, interdit à tout évêque d'excommunier les religieux d'Aulps et dispense les abbés d'assister aux synodes.

Bernard de Clairvaux ne pouvait ignorer le prestigieux monastère des Alpes, relais de Molesme dans la région. Ses visées sur les diocèses de Genève et Lausanne se manifestent dès 1130. L'abbaye de Bonmont est affiliée à l'ordre de Cîteaux en 1131 ; Hautecombe en 1135 ; Balerne en 1136, soit un mois avant Aulps, laquelle parachève le 28 juin 1136 l'action de Bernard. L'abbé de Clairvaux fait renoncer les moines d’Aulps à leur mode de vie monastique original. L’abbé Guérin ne reste que deux ans abbé cistercien d'Aulps, avant d'être nommé, ou élu, évêque de Sion au début de l’année 1138.

Dès l’accession de Guérin à l’épiscopat, son successeur l'abbé Guillaume (1138-v. 1168), applique une politique temporelle en rupture avec celle de ses prédécesseurs. Cette période d’organisation est marquée par l’accroissement spectaculaire du domaine de l’abbaye grâce à l'acquisition de plusieurs milliers d'hectares d’alpages, propriétés conjointes des nobles de Rovorée et des sires de Faucigny. Selon la tradition, les moines sont aussi aidés par les libéralités du comte de Savoie Humbert III (1148-1189), un habitué des retraites spirituelles à Aulps. En 1181 une bulle d'Alexandre III protège le patrimoine de l'abbaye et en énumère les composantes : trois églises paroissiales, vingt granges et six alpages.  

Signe de leur puissance et de leur intégration dans le monde, les abbés d’Aulps sont les conseillers et les hommes de confiance des comtes de Savoie et des grandes familles nobles savoyardes. Ils apparaissent régulièrement comme témoins ou arbitres lors des règlements de conflit : en 1124 à Seyssel, en 1184 à Aix-les-Bains, en 1188 à Genève ou en 1244 à Vevey. Sur les traces de Guérin, l’abbé Pierre est élu évêque de Belley en 1244.

Le début du XIIIe siècle est marqué par la transformation précoce du territoire d’Aulps en seigneurie ecclésiastique. Les moines rédigent en 1213 un acte établissant les droits judiciaires et fiscaux de l’abbaye sur ses hommes. Le bannissement est la peine la plus sévère infligée aux meurtriers ou aux incendiaires. Adultères et voleurs sont soumis à une amende lors des deux premières infractions constatées et bannis à la troisième.  

Pour acquérir la totalité des droits juridiques ou fonciers pesant sur certains terroirs, les abbés n’hésitent pas à endetter l’abbaye en engageant des sommes considérables. Les premiers emprunts sont contractés dans les années 1260. Après la Grande Peste, une telle situation n'a rien d'exceptionnel et les religieux, constamment à la recherche d'argent frais, abandonnent l’administration directe de leurs domaines en les louant à des séculiers. Le faire-valoir direct, un des fondements de l’économie cistercienne, connaît ses derniers instants dans une tentative d’adaptation du monastère au contexte économique. Les moines deviennent des rentiers du sol. Ce phénomène est accentué par la quasi disparition de la main-d’œuvre des convers, dont la raréfaction est perceptible dès le début du XIIIe siècle.

La situation au sein même du monastère est préoccupante. Les élections abbatiales ou aux divers offices constituent de véritables enjeux. Avec leurs valets, les abbés comme Jean de Troches (1353-1368) jouissent d'une existence confortable et d'une position toujours prestigieuse. En 1468, le régime d’administration conventuelle est modifié. La commende est instaurée et elle inaugure un temps nouveau pour Aulps.
 

L’époque moderne 1468-1792


La commende est un échec. Les abbés, désormais des cardinaux ou des grands noms de la maison de Savoie, prélèvent les revenus et laissent les moines livrés à eux-mêmes. L’abbé de Balerne tente de visiter Aulps en 1486 et laisse un tableau peu flatteur des gardiens du tombeau de saint Guérin. Le cloître a brûlé jusqu’aux fondations en 1484, ils vivent en concubinage et sont la « risée de la Savoie ». La suite de l’histoire de l’abbaye d’Aulps n'est plus dès lors qu’une longue convalescence, mollement amorcée en 1488 lors d’une visite de l’envoyé du pape Philippe de Compeys. En échange d'une totale absolution, les moines d’Aulps lui promettent de « s’amender de leur vie passée ».

Les Valaisans occupent la vallée de 1536 à 1569. Ils rétablissent des abbés réguliers jouant à nouveau un rôle important en vallée d’Aulps. Ils ne sont pas reconnus par Rome, mais détiennent la réalité du pouvoir. Aulps retrouve lors de cette occupation une certaine autonomie, même si plusieurs moines font cause commune avec la population contre les occupants lors d’une rébellion matée en avril 1539. Après cet épisode, les Valaisans tentent de faire d’Aulps un pivot de leur pouvoir. Dans une étonnante promiscuité avec les moines, leurs gouverneurs logent entre les murs d’Aulps. Aulps est alors rétablie comme le centre politique, administratif, judiciaire et fiscal d’une partie importante du Chablais. Plus encore, que l'on pense à Guérin, aux reliques des martyrs d'Agaune, aux donations des Saxon et La Tour ou aux colons du Haut-Valais installés sur les terres d'Aulps, des liens forts anciens se resserrent.  

Après 1569 et le départ des Valaisans, les moines d’Aulps retombent dans une profonde torpeur. Secondé par les abbés de Tamié, vicaires généraux de l'Ordre cistercien en Savoie, l’évêque de Genève François de Sales se préoccupe activement de l’image négative incarnée par ces religieux aux mœurs douteuses, d’autant que les calvinistes genevois sont aux portes d’Aulps. A l’abbaye le 15 août 1606, il exhorte l'assemblée à suivre l'exemple de Guérin dont il entend bien lui aussi promouvoir le culte. En ce qui concerne les religieux, sa tentative de réforme est pourtant un échec.

D’une manière générale, tous les bâtiments de l’enclos monastique sont abandonnés et demeurent dans un état déplorable jusqu’au dernier quart du XVIIe siècle. Le cloître est inhabitable, les religieux vivent dans des demeures individuelles disséminées sur le domaine. Le contraste avec une église bien entretenue et richement dotée est d’autant plus saisissant. Il faut attendre les années 1680-1687 pour que les moines dirigés par des prieurs dynamiques reconstruisent à leurs frais des cellules de bois à l’étage du bâtiment conventuel.
 

Dès la fin du XVIIe siècle, la situation temporelle de l’abbaye s’améliore sensiblement. Le projet d'établir à Aulps un noviciat où les grands travaux entrepris au tournant du XVIIe siècle modifient l’organisation du domaine et contribuent à redorer un temps le blason du monastère. Les derniers commendataires manifestent un réel intérêt pour Aulps. Antoine de Savoie, abbé de 1646 à 1688, commande la construction de la première aile d'un nouveau cloître (29 août 1687). Sa démarche est largement poursuivie par son successeur Jean-Thomas de Provana, abbé de 1689 à 1734. A l’exception de Louis Gros (1692-1709), prieur malhonnête soupçonné de détourner l’argent des messes à saint Guérin, des religieux bien formés et soucieux de la bonne tenue morale et spirituelle de leur abbaye se distinguent. Le XVIIIe siècle est pourtant émaillé de longues périodes de vacance du siège abbatial, de 1734 à 1750 et de 1764 à 1779.
 

En 1779, la mense abbatiale* est unie à l’évêché de Chambéry, et seule une demi-douzaine de religieux occupe l’abbaye jusqu’à l’arrivée des troupes françaises en 1792. Les inventaires de leurs cellules dressés par les Français révèlent des moines mélomanes, amateurs d'art et bouquinant même l'Encyclopédie. Ils quittent le monastère entre la fin de l’année 1792 et le début 1793. Le domaine est vendu comme bien national à quatre familles de Saint-Jean-d’Aulps et reste en indivision jusqu'à son partage en février 1799.

   

Un monastère à l’abandon 1792 - 1940

 

Le 4 mai 1794, le clocheton de l’abbaye est abattu par un sergent du 1er bataillon de la Drôme. Il s’agit de la seule atteinte faite aux bâtiments par les révolutionnaires, même si les militaires en cantonnement commettent quelques dégradations dans le cloître en ôtant planchers, serrures et portes pour la revente. Les autorités françaises sont en effet dans l’obligation de loger des troupes en Vallée d’Aulps pour contrer un éventuel retour des troupes piémontaises et maintenir une certaine pression sur la population. A cette fin, elles conservent les bâtiments en état. La menace et les soldats disparus, les copropriétaires procèdent en 1799 au partage du domaine mais maintiennent l’église en indivision.

 

Il faut attendre l’incendie de l’église paroissiale de la Moussière dans la nuit du 11 au 12 mars 1823 et la séance du conseil municipal du 16 mars pour que les villageois de Saint-Jean-d’Aulps pillent et détruisent l’abbatiale. Les autorités sardes réagissent trop tard, rendent le syndic Buttet et le curé Desportes responsables sans qu'aucune poursuite ne soit engagée. Les matériaux récupérés servent à la reconstruction de l’église incendiée, à l’empierrement des routes ou à l’édification de plusieurs maisons particulières. De l'intendant du Chablais à l'évêque d'Annecy, l'indignation des autorités civile et ecclésiastique est unanime.

Même détruite, l’église reste durant tout le XIXe siècle en indivision. Quand Ernest Tavernier, propriétaire de la ferme du domaine entreprend dans les années 1890 de classer les restes de l’église comme Monument Historique, pas moins de 42 copropriétaires sont à convaincre de l’utilité de la démarche. Tavernier ne désarme pas, mène une intense campagne d’information. Conseiller général, il s’attire des sympathies haut-placées. Le domaine est finalement vendu aux enchères sur licitation le 6 août 1902 et l’Etat se porte acquéreur. Le 6 octobre de la même année, l’abbatiale est classée Monument Historique.  

Sur le papier, l’église cesse dès lors d’être une carrière de pierre. Il reste pourtant par endroits jusqu’à trois ou quatre mètres de débris de toute sorte. Il faut attendre l’irruption dans l’histoire d’Aulps d’un personnage hors du commun avec la nomination le 18 août 1928, d’Alexis Coutin à l'archiprêtré de Saint-Jean-d’Aulps. Pendant dix ans, cette force de la nature déblaie seule et dans l’indifférence générale l’emplacement de l’église au prix d’efforts inouïs. Coutin ajoute d’autres cordes à son arc : archéologie, histoire, rien du passé d’Aulps ne lui échappe. Une modeste plaque à sa mémoire est apposée sur l'un des piliers de la nef de l'église. Pour la petite histoire, elle obture une cavité ayant reçu en 1823 la charge de poudre fatale, celle qui aurait mis à bas tout les restes du bâtiment… Elle n'a jamais explosé.

 

 

 
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